Les orphelinats doivent être fermés. Voici pourquoi.

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Il y a plusieurs mois, nous vous avions parlé du volontourisme, et avions évoqué le problème particulier des orphelinats, qui attirent un grand nombre de volontaires occidentaux. Vu le nombre de discussions que nous avons à ce sujet, il nous a semblé qu’il était grand temps d’écrire cet article pour mieux expliquer notre malaise.

Vous êtes-vous posé la question de savoir pourquoi il n’y a pas d’orphelinats en France ?

Tout comme les autres activités bénévoles de solidarité internationale concernant par exemple l’éducation, il peut être utile d’appliquer la situation à son propre pays. Ne vous demanderiez-vous pas, si une telle institution existait près de chez vous, si cet endroit est vraiment le meilleur pour un enfant ? Si vous avez des enfants, aimeriez-vous s’il vous arrivait malheur que votre enfant s’y retrouve ?

Un peu d’histoire récente

Les orphelinats ont effectivement existé en Europe. Le mouvement de désinstitutionnalisation (un gros mot pour désigner le retour des enfants dans une situation familiale, par opposition à une institution), a été rendu visible en Europe après la chute du mur de Berlin. L’occident découvrait des images terribles d’enfants roumains parqués dans des lits à barreaux, négligés, se balançant d’avant en arrière.  Il a ensuite été découvert que ces enfants n’étaient pas de réels orphelins, mais souvent placés par leurs propres parents, eux-mêmes victimes de la politique ultra-nataliste de Ceaucescu, avec des taux de mortalité effarants allant jusqu’à 40%. Globalement, en Occident, dès les années cinquante, la plupart des pays ont fermé leurs orphelinats, souvent suite à des abus graves, et ont opté pour une institutionnalisation la plus réduite possible, privilégiant par exemple les familles d’accueil, ou l’adoption lorsqu’elle est possible.

les orphelinats ailleurs dans le monde

L’histoire est similaire dans d’autres endroits de la planète. En Afrique en particulier, la famille élargie ayant longtemps été un filet de sécurité aux accidents de la vie,  les orphelinats ont commencé à se répandre relativement récemment.

Aujourd’hui, on estime que 80% des 8 millions d’enfants vivant dans des orphelinats à travers le monde ne sont pas orphelins, c’est-à-dire qu’ils ont encore au moins un de leurs parents, qui a souvent choisi de les placer dans cette institution poussé par la pauvreté.

Ces institutions posent pourtant de nombreux problèmes :

  • Nombre de personnel réduit par rapport au nombre d’enfants, ce qui empêche un lien affectif suffisant. La recherche a démontré l’impact grave d’une institutionnalisation précoce sur le développement du cerveau.
  • Rotation du personnel qui empêche un attachement durable. Le même phénomène a lieu avec les bénévoles, qui augmentent sans le vouloir par leurs passages nombreux et courts les difficultés d’attachement des enfants.
  • Maltraitances et abus facilités par le personnel réduit, et le fait qu’une grande majorité de ces structures exercent de façon privée et en dehors de tout cadre légal. Il est estimé que les enfants institutionnalisés ont six fois plus de probabilités d’être exposés à la violence que dans un cadre familial.
  • Pressions auprès des parents afin qu’ils y placent leurs enfants, car ces structures attirent de nombreuses donations, notamment depuis l’étranger. Paradoxalement, il est beaucoup plus cher (entre six et dix fois plus) de maintenir ce système que de soutenir économiquement les familles!
  • Manque de réseaux de soutien durables, ce qui conduit une grande proportion des enfants ayant grandi dans des orphelinats à de graves difficultés d’insertion à leur majorité.

Aujourd’hui, de nombreuses organisations internationales, telles que l’UNICEF, soutiennent à présent les familles afin qu’elles prennent soin de leurs propres enfants. D’autres structures, telles que Lumos et Better Care Network, travaillent spécifiquement à la désinstitutionnalisation des enfants. La Convention des Nations Unies sur les Droits de l’Enfant de 1989 prévoit  le droit des enfants à grandir dans leur famille, et depuis 2013, l’Union Européenne interdit l’utilisation de ses fonds structurels pour les grands établissements institutionnels résidentiels.

Alors que faire ?

Les donateurs peuvent réorienter leur aide afin d’aider les organisations à soutenir les familles à prendre soin de leurs enfants, et les bénévoles peuvent soutenir plus efficacement des organisations pratiquant le développement communautaire.

Bien sûr, il existe des cas où les enfants sont réellement orphelins, ou pour une raison ou une autre ne peuvent plus vivre dans leur famille, et il est évident que chaque enfant, et chaque famille, est différent. Il est également  clair que certains orphelinats sont ouverts de bonne foi et essaient de faire au mieux pour les enfants. Mais dans le cas où des enfants doivent être séparés  de leur famille pour leur bien-être, leur passage dans une institution doit être aussi bref que possible, et les aspects administratifs traités le plus rapidement possible afin que les enfants bénéficient d’une solution permanente : prise en charge par un membre de la famille élargie ou de la communauté, adoption  légale autant que possible dans leur pays d’origine, ou si ce n’est pas possible dans le cadre d’une adoption internationale. Celle-ci, n’en déplaise aux stars et à leurs adoptions « hors-cadre » largement médiatisées, est réglementée par des conventions internationales.

Alors, ne soutenez pas ce système. Parlez-en autour de vous. Chaque enfant a le droit à une famille.

2 Comments

  • Gisele Draney

    Reply 24 March, 2018 3:10 am

    My sister and I spent seven years in an orphanage in Vouvray France. From the age of five till my widowed mother felt like she might be able to assume our care at the age of 12.
    I grew to love what I called “home”. I always felt safe and secure and we were treated equally, which for an orphan are two essential elements for growth. Madame Bock who was the director was a lady of exceptional strength of character and run the orphanage with people she could trust. We, the children, knew we were loved by this woman who would have done anything to make our lives better. She believed in accountability and didn’t let us get away with breaking the few rules she had established. Much more can be said…

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